« On ne parlait pas d'argent à la maison. » C'est une phrase que j'entends régulièrement dans mes rendez-vous, quel que soit l'âge ou le niveau de patrimoine de mes clients. En France, l'argent reste un sujet tabou : on apprend à gérer un bilan comptable au travail, mais rarement à gérer sa propre épargne à la maison. Résultat, selon le Baromètre 2026 de l'éducation financière SPAK x OpinionWay, une part importante des Français, notamment parmi les jeunes générations, se déclare mal informée sur les questions de budget, d'épargne et d'investissement.

En tant que Conseillère en Gestion de Patrimoine, j'accompagne mes clients à toutes les étapes de leur vie, y compris les plus jeunes : mes clients les plus précoces ont parfois à peine 18 ans. Cet article s'adresse aux parents qui souhaitent transmettre les bons réflexes à leurs enfants, mais aussi aux jeunes adultes qui démarrent dans la vie active et se demandent par où commencer.

education-financière-monopoly

Pourquoi l'éducation financière se transmet (ou pas) en famille

La mentalité autour de l'argent se transmet, un peu comme n'importe quelle autre valeur familiale. Les familles qui ont l'habitude de parler budget, d'épargner, de placer, transmettent naturellement ces réflexes à leurs enfants. À l'inverse, dans les familles où l'argent reste un non-dit, les enfants grandissent souvent sans ces repères de base - et cela se traduit, des décennies plus tard, par des trajectoires patrimoniales très différentes.

C'est pour cette raison que la France s'est dotée d'une stratégie nationale dédiée : chaque année, la Banque de France pilote la stratégie nationale d'éducation économique, budgétaire et financière (EDUCFI), avec une semaine dédiée dans les établissements scolaires. Un signal encourageant, mais qui montre aussi que ce sujet, encore trop peu enseigné en France, reste largement porté par les familles elles-mêmes.

À partir de quel âge parler d'argent à ses enfants ?

Il n'est jamais trop tôt. Donner de l'argent de poche à un enfant, même très jeune, est l'un des moyens les plus simples de l'initier à la gestion d'un budget. Le principe est volontairement basique : avec une somme donnée, l'enfant doit faire des choix, et ce qu'il ne dépense pas peut être mis de côté pour la fois suivante. C'est une manière concrète de lui faire comprendre la notion d'arbitrage, bien avant qu'il ne soit confronté à un vrai salaire.

Au fil des années, cette pédagogie peut s'enrichir : expliquer que le salaire des parents sert à payer le logement, les charges, les loisirs ; distinguer les dépenses obligatoires (logement, alimentation, assurances) des dépenses de plaisir, plus facilement ajustables. Ce sont des règles de bon sens, souvent héritées de nos grands-parents, mais que l'on a parfois perdues de vue dans une société où il est devenu très facile de dépenser sans s'en rendre compte.

Le premier réflexe à transmettre : l'effort d'épargne indolore

S'il n'y avait qu'un seul conseil à retenir, ce serait celui-ci : à chaque augmentation de revenu, qu'il s'agisse d'une première paie ou d'une promotion, se poser la question de la répartition entre le confort immédiat et l'épargne. C'est ce que j'appelle, comme beaucoup de mes confrères conseillers, l'effort d'épargne indolore : la part que l'on peut mettre de côté sans réduire son niveau de vie ni se priver de ses petits plaisirs.

Ce principe fonctionne à tout niveau de revenu. Un étudiant qui perçoit 700 € par mois et parvient à en épargner 50 prend une habitude qui vaudra de l'or plus tard, lorsque ses revenus augmenteront. Ce n'est pas tant le montant qui compte au départ, que la régularité : mis de côté et investi sur la durée, y compris de petits montants, un effort d'épargne régulier peut produire des résultats considérables et changer une trajectoire de vie.

Epargner

Épargner, oui, mais dans quel ordre ?

Beaucoup de jeunes que j'accompagne se demandent s'ils doivent se précipiter vers des placements dits « performants » dès leurs premiers euros économisés. La réponse est non : la construction d'un patrimoine suit toujours le même ordre logique.

D'abord, constituer une épargne de précaution, disponible rapidement, pour faire face aux imprévus. Ensuite seulement, envisager des placements de moyen ou long terme, adaptés à des objectifs précis (un premier achat immobilier, un projet professionnel, la préparation de la retraite). Les placements les plus risqués - cryptomonnaies, investissements à la mode repérés sur les réseaux sociaux - ne devraient venir, le cas échéant, qu'en tout dernier lieu, et avec des montants que l'on est prêt à perdre.

C'est d'ailleurs un point de vigilance que je partage volontiers avec mes clients les plus jeunes : sur les réseaux sociaux, méfiez-vous des promesses de rendements « sans risque » ou à deux chiffres sur une courte période. Un bon placement se juge sur la durée, pas sur une vidéo de quelques minutes.

Les outils à connaître pour bien démarrer

Pour un jeune actif qui commence à se constituer une épargne, deux outils méritent une attention particulière. Le premier est la diversification : ne pas mettre toute son épargne sur un seul support, mais répartir progressivement entre plusieurs solutions selon ses objectifs et son horizon de placement. J'aborde ce sujet plus en détail dans mon article Se diversifier pour mieux épargner.

Le second, souvent perçu à tort comme réservé aux actifs plus âgés, est le Plan d'Épargne Retraite. Commencer à alimenter un PER tôt dans sa carrière, même avec de petits montants, permet de profiter pleinement de l'effet du temps long, de la capitalisation, du mécanisme des intérêts composés, tout en bénéficiant d'un cadre fiscal avantageux. J'explique son fonctionnement dans mon article dédié au Plan Épargne Retraite, un excellent produit d'optimisation fiscale.

Le rôle du conseiller en gestion de patrimoine, y compris pour les jeunes

On imagine souvent qu'un conseiller en gestion de patrimoine s'adresse uniquement à des clients disposant déjà d'un patrimoine conséquent. C'est une idée reçue. Accompagner un jeune de 18 ou 20 ans, c'est justement l'occasion de poser les bonnes bases avant que les mauvaises habitudes ne s'installent : comprendre la logique d'un budget, distinguer épargne de précaution et investissement, se fixer des objectifs réalistes.

C'est aussi souvent un accompagnement qui se transmet en famille : lorsque les parents ont bénéficié de cette pédagogie, ils sont nombreux à orienter naturellement leurs enfants vers le même accompagnement, dès leurs premiers revenus.

En résumé

Gérer son budget, c'est se donner les moyens de réaliser ses projets, quels qu'ils soient : un achat immobilier, un tour du monde, la création d'une entreprise, ou simplement la tranquillité de pouvoir faire face à un imprévu. Les bons réflexes financiers ne dépendent ni du niveau de revenu ni de l'âge : ils se construisent, s'apprennent et se transmettent.

Vous souhaitez transmettre les bons réflexes à vos enfants, ou poser les bases de votre propre stratégie d'épargne ? Contactez-moi pour un échange personnalisé : nous ferons le point sur votre situation, quel que soit votre âge ou votre niveau de patrimoine, et je vous aiderai à structurer une stratégie adaptée à vos projets.

Femme analysant les aspects fiscales et les objectifs

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tout investissement comporte des risques de perte en capital.

Mélanie Schees, Conseillère en Gestion de Patrimoine, fondatrice de MSC Patrimoine et membre du Réseau Inovéa. J’accompagne mes clients avec une approche pédagogique, à l'aide de l'outil Filianse, pour construire, optimiser et transmettre leur patrimoine dans les meilleures conditions.