Succession : les erreurs qui coûtent des milliers d'euros à votre famille
« Ce n'est pas fait pour moi, je ne suis pas concerné. » C'est, sans conteste, la phrase que j'entends le plus souvent lorsque j'aborde la question de la succession avec mes clients. Et c'est aussi la première idée reçue qui coûte le plus cher aux familles françaises.
En tant que Conseillère en Gestion de Patrimoine, je ne suis que rarement sollicitée pour la succession en tant que sujet isolé. C'est presque toujours une conséquence : je prépare un projet immobilier, une assurance-vie, une transmission d'entreprise, et la question de la succession vient naturellement s'y greffer. « Qu'est-ce qui va devenir de mon patrimoine le jour où je ne serai plus là ? » C'est une question que l'on devrait tous se poser, bien avant qu'elle ne devienne urgente.
Dans cet article, je vous propose de faire le tour des erreurs les plus fréquentes que je constate sur le terrain, et surtout, des solutions concrètes pour les éviter.

Erreur n°1 : penser que « ce n'est pas pour moi »
Beaucoup de mes clients partent du principe que la succession est un sujet réservé aux grandes fortunes. C'est faux : selon les chiffres officiels, 83 % des successions en France concernent un patrimoine inférieur à 100 000 €. Autrement dit, la quasi-totalité des familles françaises sont concernées, quel que soit le niveau de patrimoine.
Et au-delà de la question financière, anticiper une succession, c'est aussi organiser la répartition de ce qui reste : un bien de famille, des souvenirs, des équilibres entre frères et sœurs. Il n'est pas nécessaire d'avoir un patrimoine conséquent pour qu'un désaccord familial éclate - bien au contraire, ce sont souvent les successions modestes, mal préparées, qui génèrent le plus de tensions.
Erreur n°2 : croire que « le notaire s'occupera de tout »
C'est une confusion très répandue. Le notaire intervient bien pour traiter la succession - collecter les actifs, calculer les droits, rédiger les actes - mais il n'intervient qu'après le décès. À ce moment-là, il applique ce qui a été préparé (ou pas) en amont. S'il n'y a eu aucune anticipation, la loi s'applique strictement, et le résultat ne correspond pas toujours à ce que la personne aurait souhaité.
Le rôle du notaire est essentiel, mais il est complémentaire à celui du conseiller en gestion de patrimoine, qui intervient en amont pour vous aider à formaliser vos volontés, chiffrer les options et structurer une stratégie de transmission adaptée à votre situation familiale.
Erreur n°3 : oublier de protéger son concubin
C'est sans doute l'angle mort le plus dangereux, et pourtant le plus simple à corriger. Contrairement aux couples mariés ou pacsés, les concubins sont considérés comme des étrangers aux yeux de la loi : ils peuvent avoir vécu ensemble pendant trente ans, sans disposition particulière, ils n'héritent pas l'un de l'autre.
Pire encore : même avec un testament, un concubin reste fiscalement un tiers. Or, en France, plus on est éloigné du défunt en termes de filiation, plus la fiscalité est lourde - jusqu'à 60 % de droits de succession pour une transmission à une personne sans lien de parenté. Comme le rappellent les Notaires de France, même un PACS n'accorde pas automatiquement de droits successoraux : sans testament, un partenaire pacsé n'hérite pas non plus de son concubin. Seul le mariage confère une protection successorale automatique du conjoint survivant.
Le conseil : si vous vivez en couple sans être mariés ou pacsés, ou si vous êtes pacsés sans testament, il est urgent de faire le point avec votre notaire ou votre conseiller en gestion de patrimoine. Une situation non anticipée peut littéralement priver votre partenaire de vie de tout droit sur des biens que vous avez pourtant construits ensemble.
Erreur n°4 : croire que l'assurance-vie règle tout
L'assurance-vie est le placement préféré des Français, et pour cause : elle permet de désigner librement des bénéficiaires, dans des proportions choisies, en dehors des règles classiques de succession. C'est un outil précieux, notamment pour transmettre à des personnes qui ne sont pas des héritiers directs (un concubin, un ami, un neveu), avec une fiscalité avantageuse : les sommes transmises via l'assurance-vie sont exonérées de droits de succession jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire, sous certaines conditions.
Mais c'est une erreur de croire qu'elle règle tout. D'abord, parce qu'un patrimoine est rarement composé uniquement de liquidités : il y a aussi l'immobilier, l'entreprise, d'autres actifs qui suivent d'autres règles. Ensuite, parce qu'un excès de concentration sur un seul support (fût-il fiscalement avantageux) n'est jamais une bonne stratégie patrimoniale. J'explique en détail le fonctionnement et les atouts de ce placement dans mon article dédié à l'assurance-vie comme pilier de la stratégie patrimoniale.

Erreur n°5 : attendre trop longtemps pour donner
C'est probablement l'erreur la plus coûteuse fiscalement. En France, chaque parent peut donner jusqu'à 100 000 € par enfant, sans droit de succession, ce montant étant rechargeable tous les 15 ans. Comme le détaillent les Notaires de France dans leur guide sur l'abattement de 100 000 €, ce dispositif permet, sur plusieurs décennies, de transmettre des sommes très importantes en franchise totale d'impôt - à condition d'anticiper suffisamment tôt pour pouvoir « recharger » l'abattement plusieurs fois.
Autre avantage trop souvent ignoré : donner un bien de son vivant permet de figer sa valeur au jour de la donation. Si ce bien prend de la valeur dans les années qui suivent (un cas fréquent avec l'immobilier), cette plus-value échappe totalement à la taxation. À l'inverse, attendre le décès pour transmettre revient à payer des droits sur la valeur du bien au jour le plus élevé.
Le bon outil pour les biens immobiliers : le démembrement
Pour les biens immobiliers, le démembrement de propriété est une solution que je recommande très régulièrement. Il consiste à séparer la nue-propriété (que l'on donne aux enfants) de l'usufruit (que l'on conserve). Contrairement à une crainte fréquente chez mes clients, donner la nue-propriété d'un bien ne signifie absolument pas en perdre l'usage : l'usufruitier conserve le droit d'occuper le bien ou de le louer et d'en percevoir les revenus, sa vie durant. C'est un outil de transmission qui réduit significativement l'assiette taxable, tout en préservant l'indépendance financière du donateur.
Une fiscalité qui pèse de plus en plus lourd
Ces erreurs coûtent d'autant plus cher que la fiscalité successorale pèse un poids croissant dans les finances des Français. Selon la Cour des comptes, les droits de succession ont rapporté 16,6 milliards d'euros à l'État en 2023, contre 7 milliards en 2011 : un montant qui a plus que doublé en une décennie, sous l'effet conjugué du vieillissement de la population et de la hausse de la valeur des patrimoines, notamment immobiliers.
Autre évolution structurelle à connaître : l'âge auquel on hérite recule. Aujourd'hui, plus de 60 % des Français héritent après leur départ à la retraite, contre une majorité qui héritait pendant sa vie active il y a encore une vingtaine d'années. Ce décalage change la donne : l'héritage n'aide plus à démarrer dans la vie ou à financer sa retraite, il arrive souvent trop tard pour jouer ce rôle. C'est une raison supplémentaire de ne pas attendre pour organiser une transmission qui profite réellement à ceux que vous voulez aider, au moment où ils en ont besoin.
Anticiper : la seule vraie protection
Toutes ces situations ont un point commun : elles auraient pu être évitées, ou largement allégées, par un peu d'anticipation. La première étape, avant même de choisir entre donation, démembrement ou assurance-vie, consiste à faire un point complet et chiffré sur votre situation patrimoniale et familiale. C'est précisément l'objet du bilan patrimonial : identifier ce que vous possédez, vos objectifs de transmission, et les leviers les plus adaptés à votre famille.
Vous vous reconnaissez dans l'une de ces situations ? Contactez-moi pour un bilan patrimonial personnalisé : nous ferons ensemble le point sur votre situation, sans tabou, et nous poserons les bases d'une transmission sereine - pour vous, et pour ceux qui vous succéderont.

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tout investissement comporte des risques de perte en capital.
Mélanie Schees, Conseillère en Gestion de Patrimoine, fondatrice de MSC Patrimoine et membre du Réseau Inovéa. J’accompagne mes clients avec une approche pédagogique, à l'aide de l'outil Filianse, pour construire, optimiser et transmettre leur patrimoine dans les meilleures conditions.